Rationalité ou irrationalité du terrorisme ?

Au-delà de la problématique de la définition du terrorisme sur laquelle les services policiers, la justice et le monde universitaire travaillent depuis des années, vient se greffer un autre sujet de débat : la rationalité ou l’irrationalité de l’acte terroriste.

Cette question existait déjà dans les années ’70 avec l’essor du terrorisme révolutionnaire initié notamment par les Brigades rouges ou la Rote Armee Fraktion et l’essor du terrorisme nationaliste européen ou moyen-oriental. L’assassinat ciblé, froid et méthodique d’individus, innocents pris au hasard ou de personnages représentatifs de la société honnie tel Hanns Martin Schleyer en 1977 à de quoi interpeller la conscience et l’intellect. La conscience tout d’abord, car on est en droit à se demander si cet acte répond à un besoin (un moyen) justifié, à une rationalité ; l’intellect ensuite, car peut-on croire, peut-on se persuader réellement que l’assassinat systématique, ciblé ou indiscriminé, puisse changer une société, l’organisation de la Cité ?

Cette réflexion est encore plus accentuée aujourd’hui par l’usage régulier, le recours parfois systématique à l’attentat suicide tel que le pratique notamment le terrorisme d’obédience islamiste. Qu’est-ce qui motive ces personnes à commettre un acte suicide : le désespoir, la pauvreté, la jeunesse, la manipulation mentale, l’inculture, la religion ?

Le terrorisme révolutionnaire et le terrorisme nationaliste des années ’70 et ‘80 ont utilisé cette méthode de combat (le terrorisme) comme levier pour faire connaître leur projet politique au travers des médias. Comme le souligne très justement M.Jacques BAUD dans son livre « le terrorisme n’est pas une finalité ni une doctrine. C’est une méthode d’action »[1]. L’usage de la violence dans son approche la plus extrême, le terrorisme, s’explique à la fois par le décalage des moyens engagés par les terroristes (armes légères, explosifs, nombre restreint de clandestins….) et ceux qui les combattent (système policier ou militaire). Mais une autre dimension que la dimension tactique intervient, complémentaire, celle que Jacques Baud appelle infosphère[2], dimension stratégique et partie intégrante de l’ « information warfare ».

Nous nous trouvons ici au cœur du débat : le terrorisme est un moyen, une méthode de combat asymétrique déniant à l’adversaire toute victoire stratégique (du point de vue politique) même si des victoires tactiques peuvent être aisément remportées (du point de vue policier ou militaire). L’usage de méthodes asymétriques comme moyen d’action (et l’utilisation des médias en est une) est une approche extrêmement rationnelle du déséquilibre des forces en présence : « dans les conflits asymétriques, l’infosphère est l’espace central dans lequel se déroule les batailles »[3]. C’est par l’usage des médias et l’impact des images que le terroriste compte faire évoluer son combat et faire passer ses messages. C’est par la lisibilité de son action lors du journal de 20h00 qu’il saura s’il a remporté une « victoire ». En ce sens, l’acte terroriste est essentiellement rationnel. Le Général Jenkis définissait cela en 1974 par ces mots « le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens regardent »[4]. Avec l’essor du terrorisme radical islamiste il nous faut transformer cet aphorisme car aujourd’hui ce terrorisme veut non seulement que beaucoup de gens regardent mais également que beaucoup de gens meurent.

L’attentat du 9/11 (New York) ou, plus récemment, ceux de Paris, Bruxelles, Nice sont des exemples des effets recherchés : un grand nombre de morts relayé par les médias du monde entier. L’objectif de l’acte terroriste est alors totalement atteint. Ainsi, en Irak et en Syrie, les groupes islamistes jouent avec les images : on prend en otages des soldats ou des travailleurs occidentaux et on menace de les tuer ou on les égorge en direct. Le tout est filmé et la vidéo transmise aux grandes chaînes de télévision. Avant même que l’acte meurtrier ne soit commis, le groupe terroriste a atteint sa cible : l’opinion publique arabe (nous combattons les « incroyants ») et occidentale (nous pouvons vous faire mal). On remarque donc que derrière ces actes, il y a non seulement une organisation mais aussi une structure de pensée rationnelle qui étudie l’impact de l’acte commis en fonction d’intérêts stratégiques : le départ des occidentaux du « Dar al Islam ».

Avec une approche plus psychologique et en s’appuyant sur les travaux de Madame Casoni et Monsieur Louis Brunet[5] on peut dire que «  les attentats violents et les meurtres perpétrés par des membres de groupes sectaires ou terroristes sont généralement le fait de gens ordinaires participant à une dynamique groupale dans laquelle l’idéal constitue une force irrésistible ». Ceci peut aisément être recoupé lorsque l’on étudie la biographie des acteurs des attentats de 9/11 entre autre. Nous sommes loin de l’image de psychopathes que la presse a essayé de nous vendre, notamment dans les années ’70 et ’80. Madame Casoni associe par ailleurs l’appartenance à un groupe terroriste à celle d’un groupe sectaire. La motivation, la structure mentale sont en effet assez proche dans les deux cas et se basent sur la philosophie groupale. Regroupant quatre approches – philosophie d’indulgence, de séparation, de la pureté et de survie – ce sont essentiellement les trois dernières, qui peuvent être appliquées aux membres de groupes terroristes.

Pour synthétiser, on peut dire que la philosophie de séparation peut-être qualifiée par l’aphorisme « nous et eux ». Le groupe a besoin de créer une dichotomie entre son existence et le reste de la société qu’il combat. Pour Madame Casoni, « la cohésion du groupe dépend, en effet, impérieusement de la démarcation nette entre ceux qui sont à l’intérieur du groupe et ceux qui sont à l’extérieur »[6]. Si le groupe est un peu plus radical, plus enfermé sur lui-même, il va se rattacher à la philosophie de la pureté qui s’appuie sur la séparation entre « pur » et « impur ». La pression groupale interne est alors beaucoup plus contraignante car chaque individu doit correspondre personnellement à l’idéal du groupe. Enfin, la philosophie de survie qui se résume par « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous » en est l’expression radicale ultime. La mouvance islamiste radicale peut se lire au travers de cette grille de lecture car pour nombre de ces groupes, l’ennemi est l’autre, le non croyant ou le régime apostat. Eux seuls possèdent la vérité et, comme ces groupes qui idéalisent l’Umma se sentent menacés dans leur fondement, « ils trouvent légitiment de se protéger, voire de se défendre activement et donc, dans une certaine mesure, d’attaquer avant d’être attaqués »[7].

Pour synthétiser, nous pouvons dire que les groupes terroristes, de quelque obédience ils appartiennent (idéologiques, nationalistes, religieux, anti-spécistes…..) répondent à un besoin (qu’ils estiment être légitime), à une structure de pensée qui les conduisent à utiliser une méthode de lutte qu’ils estiment être la plus rationnelle par rapport à leur capacités tactiques (modus operandi) et finalités stratégiques (changement de société). Leur approche est donc rationnelle par rapport à leurs objectifs.

Par contre, le terrorisme idiosyncratique est, quant à lui, beaucoup plus proche de l’irrationnel que du rationnel car même si la méthode opératoire utilisée par un individu isolé peut être rationnelle, le fondement psychologique, la motivation sera souvent irrationnelle. Unabomber, au Etats-Unis en est un exemple parlant. De même, le « copycat terrorism » est également intrinsèquement irrationnel. Ainsi le 5 janvier 2002, un jeune aviateur de 15 ans écrase son avion de tourisme sur un building de la « Bank of America » à Tampa en Floride. Dans un message laissé à sa famille il exprime son soutien à Oussama Ben Laden. Dans ces deux cas nous nous trouvons face à des individus en rupture avec la réalité.

Enfin, si l’acte terroriste posé par des groupes révolutionnaires, nationalistes ou islamistes  peut être considéré comme rationnel dans sa conception stratégique et sa mise en œuvre tactique, ne peut-on pas considérer qu’il est irrationnel dans ses fondements « idéologiques » (l’intellect) : peut-on vraiment croire, se convaincre que la méthode d’action terroriste changera l’organisation, le mode de vie de la Cité ? Nous touchons ici à l’essence même de l’irrationnel.

Le terrorisme est donc bien irrationnel dans son intellect mais pas dans son exécution, sa méthode de mise en œuvre. Les « théoriciens », les « idéologues » du terrorisme utilisent l’irrationalité du raisonnement, profitent de ce repli sectaire des « adeptes » (nous les « purs », contre l’autre, l’ennemi) pour amener le groupe a commettre des attentats rationnels dans sa finalité. Nous entrons ici dans un autre domaine, celui de la manipulation mentale et cognitive qui permet le passage de l’irrationalité de la pensée à la rationalité de l’acte.

[1] BAUD Jacques, La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, Editions du Rocher, 2003, p114

[2] «Infosphère : « espace dans lequel est véhiculée l’information non-numérique. Elle recouvre des supports d’information variés (rumeurs, tracts, journaux, médias,…), qui sont généralement hors du contrôle de l’Etat. », IN : BAUD, Jacques, Op Cit, p 40.

[3] BAUD Jacques, op cité, p40

[4] JENKINS Brian, International terrorism, A new kind of warfare, Rand Corporation, 1974 ; Cité par : Huyghe François-Bernard, Quatrième guerre mondiale, faire mourir et faire croire, p54

[5] CASONI Dianne, BRUNET Louis (Sous la direction de), Comprendre l’acte terroriste, Presses de l’Université du Québec, 2003, p 77

[6] CASONI Dianne, BRUNET Louis, Op Cit, p 80

[7] Id, p81

La sécurité à Brussels airport: surréaliste!

Voilà je suis en train d’attendre ma compagne à l’aéroport. Nouvelles consignes de sécuritė: on ne peut plus attendre dans la salle d’arrivée mais dehors sur un trottoir. Résultat: une formidable soft target. La foule est dense, les bagages nombreux et personne pour sécuriser tout ça. Ah si deux militaires vu il y a 15 m et qui ne sont plus là. La police bloque l’entrée en un groupe compact et fait ainsi, elle aussi, une belle cible. Ceci est juste surréaliste !

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L’injonction au silence de la “Grande Muette”

A la suite de mon « J’accuse » qui a pris bien plus d’ampleur que je ne l’aurais cru, j’ai eu beaucoup de témoignages de sympathie de la part d’anciens collègues en Belgique et ailleurs. Mais pas que. Et ce matin encore, sur mon profil Facebook, une voix s’élevait et m’ordonnait violemment de me taire, m’accusant de faire le « lit des terroristes » en accusant les services de renseignement d’être en partie responsables des attentats de Bruxelles.
Cette voix, c’est celle d’un ancien Général qui tentait (vainement) de me museler à coup de « Taisez-vous » (post supprimé par la suite) et de menaces d’enquêtes du Comité R (Comité de contrôle des services de renseignement).
Ce que cet ancien Général de l’armée ne réalise pas, c’est qu’aujourd’hui, je n’attends que ça : me présenter devant le Comité R et devant la Commission d’enquête parlementaire sur les attentats. Ce que j’ai dit jusqu’à présent n’est que le sommet de l’iceberg. Le reste, que l’Armée (qui décidemment porte bien son nom de Grande muette) se rassure, je ne le dévoilerai pas en public car j’ai conscience de mes responsabilités. Mais je souhaiterais tellement pouvoir être entendu des responsables, de ceux qui ont le pouvoir de faire évoluer dans le bon sens cette situation.
Et ce qui est sûr, c’est qu’on ne me fera pas taire, ni par injonction, ni par menaces.
34 morts et 340 blessés méritent plus que la symbolique des trois singes : je ne vois pas, je n’entends pas et surtout, surtout, je ne parle pas !!! Il semblerait toutefois que ce soit la stratégie adoptée par la Défense : surtout se taire, ne rien dire, attendre que l’orage passe et ne surtout pas, mais alors surtout pas, questionner nos pratiques, nos errances et nos erreurs. Par la voix de cet ancien Général, je retrouve ce que j’ai connu pendant des années au service. La loi du silence. Ne surtout pas oser dire que le système est défaillant, protéger les incompétents, ne surtout jamais oser critiquer la grande machine sous peine d’être menacé des pires maux.
Il me semble pourtant qu’un service public doit pouvoir être, qu’il s’agisse ici du service de renseignement militaire ou du service civil, analysé, décortiqué, que ses performances doivent être analysées et que des leçons doivent en être tirées. Ces services servent le citoyen, pas eux-mêmes ni les Haut Gradés. Un service secret n’agit pas que dans l’ombre, comme il le souhaite, sans rendre de compte à personne sous prétexte qu’il devrait conserver son caractère secret. Sa mission est secrète, son fonctionnement est partiellement secret mais ses tâches sont d’intérêt public et à ce titre, il doit générer des résultats.
Général, ce n’est pas parler haut et fort qui fait le lit du terrorisme, c’est le silence !
C’est l’autocensure, les injonctions au silence, les menaces d’enquêtes.
Je suis découragé de voir qu’essayer de dénoncer les manquements de notre système de sécurité puisse créer autant de ressentiment. Général, on s’est tu tellement longtemps et maintenant ?
Moi je ne peux plus dormir et vous ?

«Il reste encore des éléments à neutraliser»

Mon Interview ce matin à “La Dépêche du Midi

Terrorisme – Bernard Snoeck, Ancien membre du Service général du renseignement et de la sécurité de Belgique, spécialiste du contre-terrorisme

«Il reste encore des éléments à neutraliser»

Paris, Bruxelles : selon vous, ont-ils déterminé leur deuxième cible par «précipitation» ?

 Du point de vue «tactique», le principe pour ces terroristes est d’abord de frapper une «cible molle», peu protégée, mais toujours avec l’aval de leur hiérarchie. C’est donc calibré à l’avance. Ce faisant, même si depuis l’arrestation d’Abrimi, on dit aujourd’hui qu’ils ont décidé de frapper notre capitale dans la précipitation, en l’occurrence, nous sommes face à des éléments contradictoires. Après son arrestation, Abdeslam a indiqué qu’il allait parler et qu’à Bruxelles, ils voulaient refaire les attentats de Paris avec une fusillade dans les rues et des explosifs. Puis on a Abrini qui dit aujourd’hui l’inverse, qu’ils voulaient prioritairement frapper Paris plutôt que Bruxelles. Qui dit vrai ? Qu’Abdeslam se soit dit prêt à collaborer a pu être un accélérateur des attentats de Bruxelles qui auraient été planifiés au début des vacances pascales. Mais la déclaration d’Abrini a peut-être un autre but, être jugé à Paris, pour des raisons que l’on ne maîtrise pas, ou détourner l’attention, en affirmant aussi qu’il est «l’homme au chapeau».

 

Un aveu qui vous laisse circonspect ?

En effet, comme il a déjà été pointé, agir ainsi ne ressemble pas à Daech et nous sommes ici beaucoup à nous demander s’il ne cherche pas plutôt à protéger les restes d’un réseau, des complices qui ont pu échapper au coup de filet, s’il ne cherche pas à gagner du temps. Il faut aussi remarquer qu’à Paris comme à Bruxelles, ni Abdeslam ni Abrini n’ont été jusqu’à l’attentat suicide, ce qui, selon moi, indiquerait qu’ils ont un rôle de coordinateur, de superviseur ou qu’ils sont dans la logistique du réseau ce qui veut dire qu’on a besoin d’eux. Les concernant, je ne crois donc pas à la «lâcheté» de dernière minute mais à une mission qu’ils devaient poursuivre à Bruxelles.

L’arrestation de Mohamed Abrini et d’Osama Krayem scelle-t-elle la fin de cette cellule bruxelloise ?

Je ne pense pas. Pour deux raisons. On n’a toujours pas retrouvé le sac de Krayem, qu’il portait à Maelbeek et qui pourrait toujours contenir des explosifs. Ensuite, ce genre d’action, qui suppose planques, armes, explosifs, achats de matériel, voitures, demande une structure, une organisation de bon niveau, aux ramifications cloisonnées pour des questions de sécurité du groupe. Je pense donc qu’il reste encore des éléments à neutraliser. Combien ? C’est toute la difficulté.

 

 

L’armée dans les rues : pour quoi faire ?

brusselsairport

Alors que le gouvernement nous annonce encore plus de militaires dans nos rues, plus de militaires dans nos magasins, dans le métro, dans nos gares, dans nos aéroports, on peut légitimement se demander : des militaires, est-ce bien utile ?

Au regard des récents événements dans le pays, il est en effet crucial de se poser la question de la sécurisation de nos lieux publics et de la pertinence, ou non, d’engager un millier d’hommes dans un exercice qui n’est fondamentalement pas celui pour lequel ils sont formés.

Patrick Descy, secrétaire permanent du syndicat CGSP Défense, l’exprime bien lors d’une interview à RTL : “Le ministre lui-même (de la Défense, ndlr), dans un communiqué au personnel, a regretté que la présence militaire dans les rues n’ait pas empêché ces attentats. Mais il y aurait encore eu 10.000 militaires dans les rues, ça n’aurait rien empêché. Donc il va falloir repenser cette présence dans les rues pour pouvoir assurer nos missions à l’étranger”. (http://bit.ly/23nWQG1 publié le 29 mars 2016)

Il est important de comprendre que les militaires qui sont officiellement chargés de « sécuriser nos rues » depuis le mois de novembre ne sont pas formés à ce genre de travail. Ils sont formés au combat et au mouvement, pas à des missions statiques et répétitives. Travailler en zone de conflit et sécuriser un supermarché sont des situations tout à fait différentes qui requièrent un entraînement et des équipements différents.

Un encadrement et des ordres inadéquats

Quel est le responsable qui a bien pu dire à ces pauvres militaires de rester en statique deux par deux devant une ambassade ou devant le 16 rue de la Loi ? A quoi peuvent bien servir deux militaires debout côte à côte, qui rigolent et regardent passer les jolies filles pour tuer le temps ? Tout comme pour ceux qui patrouillent, côte à côte dans nos rues: une seule rafale d’arme automatique serait nécessaire pour les neutraliser.

Militaires patrouilles

Si l’on veut des postes statiques réellement dissuasifs, il faut placer un ou deux militaires devant le lieu à protéger et au moins un militaire doit se trouver à distance raisonnable ou sur le trottoir d’en face pour protéger ses deux collègues. L’un est statique, l’autre bouge en permanence.

C’est la même remarque pour les patrouilles, soit deux militaires marchent côte à côte et un troisième suit en position décalée pour assurer leur protection soit les deux militaires se déplacent séparément en se protégeant mutuellement. Pourquoi faciliter le travail des terroristes quand on peut faire tout simplement mieux ?

L’ennui gagne du terrain

Il est inévitable que la lassitude des militaires, dont fait également part Patrick Descy, se fasse rapidement ressentir lors de ces missions. Et un militaire qui s’ennuie et ne prend plus sa mission au sérieux (peut-être parce qu’il en reconnaît l’inutilité ?) se met en danger et met en danger la vie des gens qu’il est censé protéger. Ainsi avons-nous vu ce militaire faire ses courses dans les rues de Bruxelles ou d’autres se déguiser à l’ULB !

Même s’il ne s’agit là que de moments d’égarement de la part de ces soldats on peut légitimement se poser la question sur la qualité de leur formation et la réelle compréhension de leur mission.

Un équipement inapproprié, des compétences non adaptées

A chaque fois que j’en croise à un carrefour ou en faisant mes courses, je ne peux m’empêcher de me demander quelle peut bien être l’utilité de leur casque brinquebalant dans leur dos ! Il s’agit là d’un appendice inutile en cas de réaction sous le feu (quel militaire mettra son casque alors qu’il est la cible d’un tir? Personne faute de temps !). Qui plus est dangereux car il gène les mouvements surtout si le militaire a besoin de rapidité pour se mouvoir sous le feu d’un terroriste ou d’agilité et souplesse pour se faufiler entre des voitures ou le long d’un mur: le casque ne servira qu’à le gêner et à le ralentir et donc à mettre sa vie en danger.

Sans compter qu’ils patrouillent avec des armes de guerre peu pratiques dans les missions de sécurisation : une arme à canon long, donc peu maniable lorsque l’on est entouré de civils, avec des munitions de guerre hautement perforantes qui risquent de faire de sacrés dégâts dans la foule d’un quai de métro en tentant d’arrêter un terroriste qui n’a qu’à appuyer sur le bouton d’un détonateur !

Il faut bien se rendre compte ici que mettre des soldats dans la rue sans formation et sans directives sérieuses concernant leur mode opératoire leur fait prendre un risque inutile et, par conséquent, également à nous civils qui pensons être correctement protégés.

Le militaire n’est pas formé à la lutte anti-terroriste et certainement pas au tir discriminé en pleine foule. Là où les forces spéciales de la police apprennent à différencier un civil d’un terroriste potentiel, le militaire qui patrouille dans nos rues n’a pas cette formation. Dès lors qui prendra la responsabilité d’un mort civil dû à une erreur d’appréciation du militaire sans formation ? Les politiques qui l’ont mis dans la rue ? La hiérarchie militaire qui a accepté ces missions sans donner de formation adéquate ou bien tout retombera sur la responsabilité du militaire, seul maillon faible dans la chaîne de responsabilité ?

Pour résumer mon propos : un militaire ou un policier en patrouille jamais n’empêcheront une bombe d’exploser ou un attentat suicide avec ceinture d’explosif.

Alors des militaires dans nos rues, pour quoi faire ?

Pour vous rassurer, pour vous donner l’impression que le gouvernement agit et prend en compte votre sécurité. Mais tout ceci, comme je viens de le montrer, n’est que poudre aux yeux.

La sécurité, votre sécurité c’est d’abord vous qui en êtes acteur.

Sans être paranoïaque, apprenez à vivre avec la menace car elle ne disparaîtra pas avant des années. Apprenez être résilient. Observez votre entourage, votre environnement quand vous êtes dans un lieu publique : sans pour autant empêcher un attentat, vous allez déjà améliorer votre sécurité personnelle par rapport à la petite criminalité qui nous entoure chaque jour. Quand vous êtes dans un lieu fermé, grand magasin, shopping center, cinéma, apprenez à repérer les sorties de secours : un attentat est moins probable qu’un incendie, c’est donc un réflexe utile. Dans un restaurant, vous pouvez vous placer dos au mur, cela vous sécurisera plus et vous pourrez observer plus facilement autour de vous. A tout le moins, vous pourrez éviter ainsi votre chef de bureau que vous ne souhaitiez pas rencontrer ce jour-là dans votre moment de détente !

Apprendre la résilience c’est réapprendre à vivre avec des attentats, c’est apprendre à vivre sans paranoïa, c’est apprendre à vivre en vous sécurisant et en sécurisant vos enfants, c’est apprendre à revivre normalement sans tomber dans le peur car c’est ce que veulent les terroristes.

Réapprendre à vivre dans ce monde chaotique,

Tout simplement.

“Les photos utilisées ici ont été trouvées sur Internet. Etant donné qu’elles ont été largement partagées, je n’ai pas pu retrouver leurs auteurs. Néanmoins, si l’un de ceux-ci souhaite que sa photo soit retirée de mon blog, qu’il n’hésite pas à me contacter, je le ferai dans les plus brefs délais”